Après les manifestations, l’Algérie attend la réponse du camp présidentiel

30/10/2020 –  L’Algérie entre dimanche 3 mars dans une journée cruciale pour la présidentielle d’avril avec le dépôt attendu de la cinquième candidature d’Abdelaziz Bouteflika. Samedi, le président a limogé son directeur de campagne Abdelmalek Sellal, au lendemain de manifestations massives réclamant qu’il renonce à se présenter aux élections.

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika, confronté à une contestation sans précédent en vingt ans de pouvoir, a limogé samedi 2 mars son directeur de campagne, au lendemain de manifestations massives contre sa candidature à l’élection présidentielle qui doit se tenir le 18 avril.

L’ancien premier ministre Abdelmalek Sellal qui avait animé les trois précédentes campagnes victorieuses (2004, 2009, 2014) du candidat Bouteflika, est remplacé par le ministre des transports, Abdelghani Zaalane, a annoncé simplement l’agence de presse officielle (APS), citant « la direction de campagne » du chef de l’État.

Aucune explication n’a été donnée à ce changement à quelques heures de l’expiration du délai de dépôt des dossiers de candidature à la présidentielle, dimanche à minuit. Pas un responsable algérien n’a jusqu’ici réagi officiellement à l’imposante mobilisation algérienne.

Le chef de l’État, hospitalisé en Suisse depuis sept jours officiellement pour « des examens médicaux périodiques », n’a toujours pas annoncé son retour au pays. Il n’y est pas obligé, aucune disposition légale n’indiquant qu’un candidat doit obligatoirement se présenter en personne au Conseil constitutionnel pour déposer son dossier.

Invisible et muet depuis le début des protestations

En déclarant le 10 février sa candidature à la présidentielle, Abdelaziz Bouteflika a mis fin à des mois d’incertitude mais déclenché une contestation sans précédent depuis son arrivée au pouvoir en 1999. Le président, qui ne s’est pas adressé aux Algériens depuis un AVC dont il a été victime en 2013 et ne fait plus que de rares apparitions publiques dans un fauteuil roulant, est invisible et muet depuis le début des protestations.

Toute la semaine, le camp présidentiel a réaffirmé que la contestation n’empêcherait pas le scrutin de se tenir dans les délais et que le dossier de candidature du chef de l’État serait remis dans les temps au Conseil constitutionnel.

Les autorités « espèrent tenir jusqu’à dimanche, avec l’espoir qu’une fois la candidature de Bouteflika actée et rendez-vous donné dans les urnes, la contestation s’essoufflera », a expliqué, avant les derniers défilés en date, un observateur ayant requis l’anonymat.

Difficile de savoir si la mobilisation exceptionnelle de vendredi peut changer la donne. « Ce n’est pas dans les habitudes de ce régime de céder à la rue », note cet observateur, « s’il recule sur la candidature, jusqu’où devra-t-il reculer ensuite ? ».

Un manifestant décédé

Les manifestations se sont déroulées pacifiquement dans toute l’Algérie, à l’exception de heurts entre jeunes et policiers en fin de journée à Alger, alors que les cortèges s’étaient dispersés dans le calme. Le ministre de l’intérieur, Noureddine Bedoui, a rendu visite dans la nuit à des policiers hospitalisés. Selon la police, 56 policiers et sept manifestants ont été blessées durant les heurts à Alger et 45 personnes arrêtées.

Le ministre a salué « le professionnalisme des forces de l’ordre » et « tous les citoyens qui ont exprimé (…) leur droit à la liberté d’expression et la liberté de manifester », sans évoquer l’échéance électorale.

Un manifestant de 56 ans est décédé lors d’une bousculade déclenchée par une intervention de la police contre des casseurs, a annoncé sa famille sur les réseaux sociaux. Selon l’agence officielle APS, une autopsie va être réalisée.

Une opposition inaudible

Pour l’heure, seuls deux candidats peu connus ont déposé leur dossier au Conseil constitutionnel, selon l’agence APS : Ali Zeghdoud, président du microscopique Rassemblent algérien (RA) et Abdelkrim Hamadi, un indépendant.

L’opposition, inaudible et absente du mouvement de contestation né des seuls réseaux sociaux, a tenté de se mettre d’accord sur un candidat unique, mais sans succès.

Principal adversaire d’Abdelaziz Bouteflika aux présidentielles de 2004 et 2014, son ancien premier ministre Ali Benflis annoncera dimanche s’il se porte ou non candidat à nouveau. Débarqué fin 2018 sur la scène politique, avec des propos fracassants promettant notamment une « IIe République », le général à la retraite Ali Ghediri, sans parti et passé militant connu, s’est déclaré candidat mais est extrêmement discret depuis plusieurs semaines. Son équipe de campagne n’a pas indiqué si et quand Ali Ghediri déposerait sa candidature.

Principal parti islamiste, le Mouvement de la société pour la paix (MSP), qui a rompu en 2012 avec l’alliance présidentielle, a de son côté désigné son président Abderrazak Makri pour le représenter au scrutin.

L’homme d’affaires Rachid Nekkaz, omniprésent sur les réseaux sociaux et qui draine des foules de jeunes enthousiastes, semble ne pas remplir les conditions d’éligibilité. Il affirme avoir obtenu la perte de sa nationalité française, mais la loi électorale prévoit qu’un candidat ne doit jamais « avoir possédé une autre nationalité » qu’algérienne.

Une fois les dossiers déposés, le Conseil constitutionnel statuera dans les dix jours sur leur validité.

Séverin Husson (avec AFP)

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