Italie: premières villes européennes en quarantaine

L’Italie a isolé 11 communes pour lutter contre le coronavirus. Une première en Europe, alors que l’épidémie continue à se propager en Corée du Sud, en Iran et dans son berceau chinois.

Dans le nord de l’Italie, environ 52 000 personnes se réveillent dimanche dans des zones où «ni l’entrée ni la sortie ne sera autorisée sauf dérogation particulière», comme l’a annoncé le Premier ministre Giuseppe Conte.

Fermeture des entreprises et des établissements scolaires, annulation d’événements culturels et sportifs, report de matches de foot: le gouvernement italien tente de mettre sous cloche une partie de la Lombardie et la Vénétie et de freiner l’épidémie.

La première mesure de confinement avait été édictée le 23 janvier pour les 11 millions d’habitants de Wuhan, ville du centre de la Chine où s’est déclenchée l’épidémie de pneumonie virale en décembre.

En Italie, le foyer se trouve à Codogno, près de Milan. Une équipe de l’AFP y a vu des rues étrangement désertes pour un samedi soir. «Nous avons tous peur, mais on croise les doigts, nous espérons que tout ira bien», lui a dit Rosa, une employée de pharmacie, seul type d’établissement autorisé à rester ouvert. Elle craint désormais «des problèmes de ravitaillement dans les prochains jours».

La France se prépare

Conte a prévenu qu’il pourrait recourir à l’armée pour surveiller les points de contrôle. Le décret-loi pris samedi prévoit des sanctions pouvant aller jusqu’à trois mois de réclusion pour les contrevenants.

En Italie, pays européen le plus touché, il y a un total de 79 malades à ce jour, parmi lesquels trois cas de contaminations connues depuis des semaines, contractées hors d’Italie. Deux septuagénaires ont succombé à la maladie ces derniers jours.

La France aussi se prépare à une possible «épidémie» de Covid-19, selon le ministre de la Santé Olivier Véran, qui se dit «attentif à la situation en Italie». Dans un entretien au journal Le Parisien, il estime «très probable» la possibilité de nouveaux cas en France.

Secte sud-coréenne infectée

Comme l’Italie, l’Iran a pris des mesures drastiques après avoir enregistré 10 nouveaux cas, portant à 28 le nombre total de personnes contaminées. Cinq décès sont à déplorer. La République islamique a annoncé samedi la fermeture des établissements éducatifs dans 14 provinces, y compris Téhéran.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’inquiète de la vitesse à laquelle le virus s’est propagé dans ce pays. «Nous avons vu une augmentation très rapide (des cas) en quelques jours», constate Sylvie Briand, directrice du département Préparation mondiale aux risques infectieux à l’OMS.

En Corée du Sud, deux nouveaux décès liés à l’épidémie ont été répertoriés, ce qui porte à quatre le nombre de morts, a annoncé dimanche matin le Centre coréen de contrôle et de prévention des maladies (KCDC). Il y a 123 nouveaux malades, pour un total de 556. Une centaine de cas sont liés à un hôpital à Cheongdo, une ville où l’Eglise de Shincheonji de Jésus est très représentée.

Des centaines de membres de cette secte sont à présent infectés. La contagion a débuté avec une femme de 61 ans qui avait de la fièvre le 10 février et a assisté à au moins quatre offices dans la ville de Daegu, avant d’être diagnostiquée.

Contaminations à la hausse

Daegu, quatrième ville de Corée du Sud avec 2,5 millions d’habitants, et Cheongdo, ville natale du fondateur de la secte, ont été déclarées vendredi «zones à gestion spéciale». L’épidémie est entrée dans une «phase grave», a reconnu le Premier ministre Chung Sye-kyun.

En Chine, le bilan a atteint dimanche 442 morts après l’annonce de 97 décès supplémentaires, tous sauf un dans la province centrale du Hubei, berceau du nouveau coronavirus. Le ministère de la Santé a aussi fait état de 648 nouveaux cas de contamination, ce qui porte à environ 77 000 le total national.

Le nombre de décès annoncé dimanche pour les dernières 24 heures est en léger retrait par rapport à celui communiqué la veille (109), mais celui des nouveaux cas de contamination repart à la hausse (397 samedi).

Désinformation russe

Mais c’est l’expansion en dehors du pays qui avive les inquiétudes. L’OMS redoute «le potentiel de dissémination du Covid-19 dans les pays dont les systèmes de santé sont plus précaires», a averti son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

C’est le cas de nombreux pays africains dont les infrastructures sanitaires et le personnel médical sont mal préparés pour affronter l’épidémie. Pour l’instant, sur le continent, seule l’Egypte a enregistré un cas confirmé de contamination.

Une étude publiée vendredi par le centre des maladies infectieuses de l’Imperial College de Londres «estime qu’environ les deux tiers des cas de Covid-19 sortis de Chine sont restés indétectés au niveau mondial».

Et les précautions manquent parfois: Le Japon a reconnu samedi que 23 passagers du Diamond Princess avaient pu quitter ce paquebot mis en quarantaine sans passer tous les contrôles médicaux requis.

L’épidémie a par ailleurs suscité une passe d’armes entre les Etats-Unis et la Russie. Des responsables américains ont affirmé à l’AFP que des milliers de comptes liés à la Russie sur les réseaux sociaux propageaient de la désinformation anti-américaine sur le nouveau coronavirus. Moscou a démenti.

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