RETOUR EN ARRIÈRE : 25 ans après que l’affaire de la Somalie a entaché la réputation du Canada

Il fut un temps où les soldats canadiens étaient universellement considérés comme les gardiens de la paix du monde.

Mais cette réputation a été gravement ternie il y a 25 ans lorsque certains des soldats d’élite de ce pays, considérés comme les meilleurs parmi les meilleurs, ont gravement violé les droits de l’homme, battu à mort des civils et pris la loi en main tout en servant à préserver la paix dans le cadre de une mission des Nations Unies en Somalie déchirée par la guerre, dans la corne orientale de l’Afrique.

L’affaire sur la Somalie, peut-être la période la plus sombre de l’histoire militaire du Canada, a entraîné la mort de plusieurs Somaliens, l’inculpation d’une poignée de soldats et, finalement, la dissolution du Canadian Airborne Regiment, une force de parachutistes à réaction rapide créée en 1968 qui a fait remonter sa lignée à la Seconde Guerre mondiale.

En outre, il a laissé en lambeaux la réputation de ce pays en tant que nation de soldats de la paix et a fait honte à l’ensemble de l’armée.

QU’EST-IL ARRIVÉ

Le Canadian Airborne Regiment a été envoyé en Somalie, une nation chaude et poussiéreuse ravagée par la famine, la guerre civile et les effusions de sang, le 15 décembre 1992, dans le cadre d’une mission humanitaire des Nations Unies.

Environ 1 400 soldats canadiens ont été transportés par avion dans la ville de Belet Wein en Somalie pour préserver la paix tout en permettant à la nourriture et à d’autres articles d’atteindre la population indigène, dont beaucoup mouraient de faim.

En mars 1993, quelques semaines seulement après le lieutenant-colonel. Carol Mathieu a donné des ordres verbaux permettant à ses hommes de tirer sur des voleurs; deux Somaliens ont été abattus dans le dos par des soldats canadiens. L’un des hommes, Achmed Aruush, est décédé sur le coup.

Une semaine plus tard, Shidane, 16 ans, est entré dans l’enceinte canadienne et a été capturé. Il a été ligoté et les yeux bandés puis frappé à coups de poing, battu avec une barre de métal et brûlé avec des cigarillos pendant des heures (il a été découvert plus tard qu’il avait des brûlures au pénis), pleurant et suppliant les soldats de s’arrêter. Il était mort le matin, ses derniers mots étant «Canada, Canada, Canada».

Les soldats impliqués dans la torture d’Aroné ont pris des photos «trophées» des abus, une série horrible de photos similaires à celles qui ont conduit au scandale militaire américain à Abu Ghrais en Irak une décennie plus tard.

L’histoire a commencé à éclater quelques jours seulement après la mort d’Aroné lorsque l’un des soldats impliqués, le Master Cpl. Clayton Matchee, a tenté de se pendre avec des lacets dans sa cellule après avoir été arrêté pour son rôle dans la torture. Matchee a subi des lésions cérébrales lors de la tentative de suicide bâclée et a été déclaré inapte à subir son procès.

En mai 1993, les premières accusations sont portées contre des soldats canadiens. Au total, huit soldats seront éventuellement traduits en cour martiale – Matchee et Pte. Kyle Brown a été le seul accusé de meurtre – mais seulement quatre ont été condamnés. Brown a été reconnu coupable d’homicide involontaire et de torture et condamné à cinq ans; il a purgé seulement deux ans avant d’être libéré.

Lieutenant-colonel Mathieu, l’officier le plus haut placé inculpé, a été acquitté de l’exécution négligente de ses fonctions.

Le 23 janvier 1995, le ministre de la Défense de l’époque, David Collenette, a annoncé qu’il dissolvait le régiment aéroporté.

Mais les retombées ne se sont pas arrêtées là.

En fait, cela a commencé quelques mois plus tôt lorsque l’interdiction de publier les photos de torture de Brown a été levée. La publication des photos dans les journaux canadiens a conduit le gouvernement Jean Chrétien à ordonner une enquête.

Au cours de l’enquête sur les actions des soldats canadiens en Somalie, une série de bandes vidéo montrant des membres faisant des commentaires racistes ou participant à des rituels de bizutage a été révélée. Ce fut la dernière goutte et, en fait, le glas de la mort pour le Régiment aéroporté du Canada.

L’enquête de 25 millions de dollars s’est déroulée jusqu’en 1997. Elle a découvert que des officiers supérieurs avaient modifié des documents relatifs à l’affaire de la Somalie avant de les remettre aux journalistes de la radio. Quelques jours plus tard, l’enquête a montré que les papiers et les journaux informatiques avaient été falsifiés pour éliminer des informations importantes sur ce qui s’était passé.

Une grande partie du blâme, pour les actions du Régiment aéroporté du Canada, a été jetée aux pieds de la haute direction militaire, avec 157 recommandations formulées.

Finalement, le chapitre troublant de l’histoire militaire canadienne s’est terminé par la condamnation de quatre soldats, pour la plupart pour des charges mineures, et un versement de 15 000 $ à la famille d’Arone.

20 Janvier 2020

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